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Que
penserait Jean Rey s'il croisait une telle machine ?
Londres-Edimbourg-Londres (photo Pascal Bachelard)
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QUELQUES EPREUVES PARMI TANT D'AUTRES
Entre deux diagonales, Jean Rey profite d'un peu de répit
pour épingler à son palmarès un nombre impressionnant
de brevets. Citons pêle-mêle :
- Le brevet des Cîmes Azuréennes 1947 (réussi également
en 1949, 1951, et 1953). 180 kms passant par les cols de Nice (410m),
Braus (1 000m), Turini (1 600m) et Saint-Martin (1 500m).
- Le Bol d'Or Cyclo-Alpin du Vélo-Sport de Nice pour la deuxième
fois en 1949, 412 kms, 4 446m de dénivellation. 90 partants et
65 arrivants. A 59 ans, il en est le doyen et son record n'a pas encore
été battu.
- Le Rallye Pascal du G.R.F. 1950 à Salon-de-Provence, qu'il remporte
brillamment avec un total de 950 kms.
- Le Rallye Pascal du G.R.F. 1951 à Nîmes où il boucle
900 kms.- Le Rallye de Crémone (Italie) 1952 où il effectue
un parcours de 1 080 kms.
- Le brevet des Randonneurs Niçois 1952, 325 km et 3 900m de dénivellation,
dont il est le doyen des arrivants.
- Le Rallye de Monza (Italie) 1953, de 950 kms. Par ailleurs, en novembre
1950, au cours du banquet annuel de l'I.F.C., M. Emile Hugues, Député
Maire de Vence, a épinglé sur son revers la Médaille
d'Or de l'Education Physique, venant en récompense de ses services
rendus à la cause cyclotouriste.
Depuis, la Fédération Française de Cyclotourisme
lui a décerné la Médaille du Mérite Fédéral
en février 1954, dont seuls une soixantaine de cyclos français,
figurant parmi les pionniers du cyclotourisme, sont actuellement lauréats
à fin 1955.
HOMMAGE A JEAN REY
Jean Rey, le grand randonneur niçois, bien connu de tous les cyclotouristes
de France, doit, pour des raisons de santé, dire adieu à
la bicyclette. Créateur et réalisateur du Raid CALAIS -
BRINDISI, 2 250 kilomètres en 9 jours, à l'âge de
63 ans, il a été le premier à réaliser les
neuf diagonales de France. Pour la propagande qu'il a faite pour la pratique
du CYCLOTOURISME, pour l'exemple qu'il a donné aux jeunes génération,
la FEDERATION FRANÇAISE DE CYCLOTOURISME lui dit : " MERCI
! "
Juin 1955
CHAPITRE VII
" LA MALLE DES INDES "
2 250 kms - 223 heures - du 23 mai au 1er juin 1953
FRANCE-SOIR - 21 mai 1953
UN PHILATELISTE DE 63 ANS VA FAIRE 2 200 KILOMETRES A BICYCLETTE
" A côté de son équipe professionnelles de football
, qui fut assez falote cette saison, Nice possède un cyclotouriste
assez curieux. Il est sexagénaire (né en 1891) et philatéliste
puisqu'il vent et collectionne des timbres. Il a réalisé
les neuf diagonales homologuées par la Fédération
Française de Cyclotourisme.
Ce cyclo accompli, Jean Rey - c'est mon phénomène - a inventé
autre chose. A soixante trois ans, il veut réaliser la " Malle
des Indes ".
La Malle des Indes, c'est un parcours cyclotouriste qui part de Calais,
franchit le Mont Cenis et se termine à Brindisi en passant par
la porte de Charenton, Chambéry et Bologne.
Cette " promenade " homologuée par la Fédération
Française de Cyclotourisme et l'Union Vélocipédique
Italienne, comporte 2 202 kilomètres exactement. Jean Rey prendra
le départ le 23 mai et il arrivera (si tout va bien) le 31 mai.
Ça représentera quand même cent quatre vingt seize
heures de selle. Pour un sexagénaire, ce n'est pas mal. "
René DUNAN
(Et tout ceci est vrai).
Ayant épuisé le lot des principales épreuves françaises
et ne voulant pas céder à l'inaction qui serait susceptible
d'engendrer les crises de rhumatismes qu'il a justement combattues en
se mettant à la pratique du vélo à un âge où
le commun des mortels n'aspire qu'à un repos bien gagné,
Jean Rey a cherché du nouveau.
Il se souvint qu'étant enfant, et demeurant en Savoie, il avait
souvent eu l'occasion de voir passer le train qui, de Calais, amenait
à Brindisi la valise diplomatique de la Grande-Bretagne, laquelle,
de ce port de l'Adriatique, embarquait à destination des Indes,
d'où le nom qui était donné à ce train de
" Malle des Indes ".
Dès lors, l'idée était née, et il n'eût
de cesse, après avoir tracé sa route cartes en main, que
de la réaliser. Il entreprit immédiatement toutes les démarches
auprès de la Fédération Française de Cyclotourisme
et de l'Union Vélocipédique Italienne pour que son raid
soit officiellement contrôlé et dûment homologué.
Il se livra à une véritable enquête auprès
des services météorologiques pour mettre tous les atouts
de son côté mais malgré toutes ces précautions,
il fut assez mal inspiré puisqu'il dut supporter des intempéries
d'une violence inouïe, comme on le verra par la suite.
Sa décision arrêtée, il commence le rodage fin janvier,
en s'imposant toutes les semaines quelques 300 kilomètres, ceci
par n'importe quel temps. Il participe à Pâques au rallye
du G.R.F. à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse) en couvrant un circuit
de 800 kilomètres, puis à diverses épreuves locales
dont un Brevet de 200 kilomètres. Le 15 mai, son entraînement
lui semble terminé avec plus de 5 000 kilomètres. Aussi,
le 23 à 4 heures il se fait contrôler au Commissariat Central
de Calais à destination de Brindisi.
Le temps est beau malgré une brume matinale mais le vent de l'ouest
est contraire. Avant Boulogne-sur-Mer, cinq cyclos du C.T.B., au courant
de son projet, viennent l'encourager en lui souhaitant bonne route. A
Montreuil, MM. Lourdel, O.Merlin, de Doullens et Allender, du Touquet,
reporter de la " Voix du Nord ", l'accompagnent jusqu'à
Abbeville. A poix (Somme) un groupe de Picards a tenu à marquer
son passage avec un splendide repas bien arrosé qui lui facilite
l'ascension de la fameuse côte marquant la sortie de la ville. Il
est ensuite contrôlé à Marseille-en-Beauvaisis et
à Beauvais. Il commence à faire chaud, le vent souffle et
Paris, but de sa première étape, lui apparaît encore
bien loin. Aux portes de la Seine, voici un groupe de jeunes de l'U.S.D.S.
de Saint-Denis, envoyés par leur président, qui l'escortent
jusqu'au siège de leur société où il est fort
bien reçu. Vin d'honneur, cordiales félicitations, encouragement,
rien ne manque dans cette cordiale ambiance sportive. Il se repose jusqu'à
22 heures puis M. Pyot, du C.C.B., vient lui faire traverser Paris jusqu'à
Villeneuve Saint Georges. Il atteint Montgeron à 0 heures 30',
295 kilomètres viennent d'être couverts. Une chambre l'attend
pour ce but de la première étape.
A 6 heures il reprend la route. Mais après les premières
24 heures très pénibles, par la chaleur anormale, les vents
contraires et les montagnes russes de Picardie, avec peut-être aussi
la rencontre de trop nombreux camarades, ce repos de 5 heures et insuffisant.
Il prend ainsi un peu de retard le long de la belle route de Lieusaint
à Melun, d'autant plus que, si la journée s'annonce belle,
le vent s'accentue et lui oppose de plus en plus de résistance.
Il s'arrête à Sens pour manger et traverse Joigny sous un
soleil de plomb. Il grille littéralement le long de l'Yonne au
point d'être contraint de s'arrêter sous une futaie pour se
protéger avec " l'Isoline " et adoucir les souffrances
provoquées par les rayons solaires. Mais trop tard ! Il a été
atteint si profondément qu'il souffrira durant toute sa randonnée
des bras pelés jusqu'à vif et du cou, entamé lui
aussi. Un docteur italien lui dira par la suite que ses brûlures
sont du 3° degré !
Auxerre est traversée vers 17 heures et il arrive au pied de nombreuses
côtes du Morvan. Il appréhende celle qui sépare les
départements de l'Yonne et de la Côte d'Or dont les 500 derniers
mètres n'en ont pas moins de 14 à 16%.
La nuit tombe. Arrivé à Saulieu à 23 heures, il cherche
en vain une chambre. Tout est plein ! Il est obligé de chercher
l'hospitalité dans un relais routier où il fait un dîner
quelconque et dort dans un lit de camp. Tout cela ne reflète pas
le confort souhaité après 260 kilomètres parcourus.
Le 25 mai, il repart de bonne heure pour escalader les rudes côtes
d'Ivry en Montagne dans les meilleures conditions ; Tout se passe bien
et il dévale sur la Roche-pot, croisement bien connu qu'il a traversé
lors de sa récente diagonale Strasbourg - Hendaye. Il ne saurait
l'oublier, tout le relief en étant encore ancré dans son
esprit. Après Chagny et Châlons-sur-Saône, il doit
emprunter la Nationale 433 via Cuisery et Bourg. Suivant des indications
recueillies en cours de route, un chemin part d'une localité précédent
cette nationale et facilite le parcours. Mais il s'égare dans un
labyrinthe de chemins vicinaux et perd un temps précieux en s'allongeant
de 18 kilomètres.
Une route étroite, monotone, goudronnée de frais, le conduit
ensuite à Cuisery, à 13 heures. La canicule est toujours
là et il manque défaillir dans la fournaise. Il s'arrête
alors pour manger et, bien lesté, repart à 14 heures. Il
lui reste 130 kilomètres pour arriver à Chambéry
où il voudrait bien coucher le soir. Là, il doit en principe
retrouver ses camarades et compatriotes du C.T.A. mais il n'a plus une
minute à perdre.
Tout va d'abord à merveille et il se rapproche de son horaire prévu.
A Ambérieu, il n'a qu'un léger retard. La gendarmerie de
Saint Rambert en Bugey le contrôle au passage. C'est alors qu'avant
Tenay son pneu arrière s'affaisse. Plus loin, un tronçon
de route est défoncé et en rechargement sur trois kilomètres
et il est contrait de passer à pied. Son retard s'accentue.
La nuit s'annonce. Les hiboux lancent leurs cris. A Rosillon, il lui faut
changer de route pour aller sur Belley et Yenne. Il hésite aux
bifurcations car nul indicateur ne s'y trouve. Il commence à ressentir
quelque fatigue et s'arrête à Yenne. 263 kilomètres
seulement ont été couverts.
Le 26 mai, à 4 heures 45', il escalade le col du Chat et admire
au passage la vue féérique du lac du Bourget qu'on découvre
à la sortie du tunnel. Au passage à Chambéry, il
ne voit aucun cyclo des C.T.A. à cette heure matinale, et par Montmeillan
et Aiguebelle, il arrive à Saint Avre la Chambre, malgré
le vent de face et un soleil épouvantable. A cet instant, il crève
à l'arrière et perd tout espoir de gagner de précieuses
minutes. De fait, il n'atteint Saint Jean de Maurienne qu'à 11
heures. Là, il en profite pour faire faire une rapide mise au point
de l'éclairage et retourner le pneu usé du côté
dynamo par un mécano sportif qui malgré son insistance,
n'accepte qu'un " merci ". Il y a encore des gens qui s'intéressent
aux cyclos et le fait assez rare pour mériter d'être mentionné.
Michaud, le sympathique membre du G.R.F. et cyclo chevronné, l'invite
à déjeuner et, à 13 heures, il fonce dans la fournaise.
Le vent est favorable, une fois n'est pas coutume, et il ne tourne qu'avant
Modane. C'est alors l'attaque des premières pentes du Mont Cenis.
La côte est dure et, dans un virage, le vent souffle avec tant de
force qu'il le renverse sur sa gauche, en plein milieu de la route. Par
chance, il n'y a aucune circulation à cette heure et notre cyclo
a le temps de se relever sans mal. Saint Christophe ne l'a pas oublié.
Lanslebourg est atteint à 18 heures et le col du Mont Cenis (2
100m) à 20 heures.
Son retard sur l'horaire est de plus de 2 heures et il en est quelque
peu déçu. Il ressent aussi avec acuité la fatigue
et ses brûlures deviennent lancinantes. Malgré cela, il n'est
quand même pas trop mécontent du résultat obtenu car,
en quatre étapes il a traversé la France comme prévu.
Son carnet de route G.R.F. et son passeport sont contrôlés
par la douane frontière du Mont Cenis à 20 heures 15'. Le
contrôle français de la Fédération Française
de Cyclotourisme est terminé. L'Union Vélocipédique
Italienne assure maintenant la régularité de l'épreuve
pour le territoire italien.
Il fait froid et notre cyclo s'habille chaudement. A Molaretto, une réception
très sympathique l'attend. Les douaniers ont préparé
l'Asti pour fêter dignement le " Bartali diagonaliste ".
On exagère toujours outre-Alpes et, après avoir ri de bon
cur, Jean Rey gagne Suse pour trouver un bon lit réparateur.
1 017 kilomètres ont été couverts.
J. LEMAITRE
(à suivre..)
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