De Laval au bout du monde et retour du 2 au 5 juillet 2009
Philippe Riet
 

 

C'est le nom que les organisateurs des Audax Lavallois ont donné à ce brevet de 1000 km.
Nous sommes 8 cyclos de l'ACTC à avoir été alléchés par ce programme réjouissant, puisqu'il s'agit de faire le tour de nos chères côtes Bretonnes. Nous serons de loin, le club le mieux représenté parmi les 25 participants de ce challenge. C'est dès 6 h du matin, que nous nous retrouvons à Changé en ce jeudi 2 juillet pour rejoindre Laval.

1ère étape : Laval Plouay, soit 222 km

Nous sommes maintenant tous bien rodés à ces exercices Audax, les préparatifs vont bon train et après les traditionnelles photos du départ avec la presse locale, c'est à 9 h précise que nous partons "Cap à l'ouest".
Le ciel est un peu couvert mais la température est idéale, nous arrivons vite au premier arrêt à Cuillé.
Une crevaison va scinder le groupe en deux et après une erreur d'aiguillage à la sortie de la Guerche-de-Bretagne, tout le monde se retrouve dans la bonne humeur autour de la table du "Relais de Janzé". En repartant, les nuages s'amoncellent et c'est une pluie fine qui nous accompagne jusqu'à Guer. Alors, que nous avions rangé nos imperméables, nous traversons cette fois un orage pour le deuxième rinçage de l'après midi ! Le temps s'éclaircit, les chaussures sèchent, le moral remonte lorsque nous arrivons à Saint-Jean-Brevelay, pour la dernière pause. Ce dernier tronçon nous emmène vers la commune mythique de Plouay et ça se mérite !!!
La route plus accidentée, et quelques hésitations de parcours nous ont retardés d'une demi-heure et c'est à la tombée de la nuit que nous rejoignons la table pour un dîner bien mérité.
Tout le monde se détend, mais le repas traîne en longueur, nous devons encore rallier le gîte sous le clair de lune. Le domaine de Manehouan est confortable mais nous n'aurons que peu de temps pour l'apprécier. Il est déjà minuit et le réveil est programmé pour 2 h 30 ! Le ton est donné, les journées seront longues et les nuits courtes… Nous n'avons fait que 222 km, demain l'étape en compte 300.

2ème étape : Plouay-Treglonou, soit 300 km

Le réveil à 2 h 30 est pénible pour tous, même pour ceux qui ont réussi à s'endormir rapidement. Il faudra pourtant des jambes car aujourd'hui nous allons longer les côtes escarpées du Finistère.
Le premier tronçon effectué de nuit nous amène aux portes de Quimper.
Dès le petit déjeuner englouti, nous nous divisons en trois groupes emmenés par les cyclos locaux pour traverser la ville. Nous apprécions la visite, mais l'horloge tourne et nous perdons déjà de précieuses minutes.
L'arrêt suivant s'effectuera à la Pointe du Raz, le ciel s'est éclairci et nous offre en prime la vue jusqu'à l'île de Saint. Nous sommes au bout du monde ! Après la traversée de Douarnenez, le déjeuner sera pris au Cap de la Chèvre.
Le restaurant est posé sur la plage et nous mangeons dans un décor de carte postale sous un soleil radieux. La digestion sera plus brutale puisque c'est une côte à 12% qui nous attend pour la reprise, et les difficultés vont s'enchaîner ainsi tout l'après midi.
Dommage que la circulation soit aussi dense car le parcours ne sera qu'une suite de sites magnifiques, via la Presqu'île de Crozon, le port de Camaret, etc.
Nous remontons ensuite sur Brest en traversant l'Aulne sur le pont de Tenerez. Les Monts d'Arrêt culminent sur notre droite, l'arrivée à Brest est grandiose par le pont Albert-Loupe, haut lieu de passage de Paris-Brest-Paris.
Une dernière difficulté inattendue nous retardera encore à quelques kilomètres de Treglonou : la route est barrée pour cause de réfection d'un pont.
La journée se termine par une séance de portage typique du cyclo-cross. Personne ne traîne pour rejoindre son lit après cette journée riche en émotions et en dépenses physiques. Tout le monde pense déjà à demain… 337 km nous attendent.

3ème étape : Treglonou-Pleine Fougères soit 337 km

Deuxième réveil à 2 h 30, la fatigue commence à se lire sur les visages et les quelques fêtards que nous croisons sur la ligne de départ auront bien du mal à nous dérider. Quelques gouttes de pluie nous accueillent à Roscoff mais le petit déjeuner devra attendre. Malgré tous nos efforts les portes des différents bars du port resteront closes. C'est donc au café de la gare de Morlaix que nous pourrons nous ravitailler. Juste le temps d'apercevoir la rade de Morlaix, nous remontons sur Plouezoch pour rejoindre le bord de mer à Plestin-les-Grèves.
Dès la sortie de Saint-Michel-en-Grève, la pente s'accentue et notre camarade André commence à décrocher, Gérard son ange gardien ne le lâchera pas de la journée… Chapeau à eux deux ! Et là, je me dis que même si nous sommes en Bretagne et pas en Normandie, nous allons vivre une nouvelle version du "jour le plus long" ! Après un arrêt à Tréguier, notre chemin traverse Painpol et c'est une longue ascension qui termine notre matinée à Pordic.
Quelques participants ont été distancés dans les dernières difficultés et le déjeuner est l'occasion de ressouder le groupe. Pas le temps de digérer, les cyclos Briochins sont venus nous récupérer pour contourner Saint-Brieuc.
Ils s'acquitteront de cette tâche, avec succès, sans toutefois éviter les incontournables difficultés du coin… Ce n'est pas tout plat dans le quartier ! Nous rejoignons la côte d'Émeraude à Saint-Cast-le-Guildo, avant de traverser le barrage de la Rance en deux groupes. Gilbert qui nous accompagne dans le second groupe, nous fait remarquer qu'il serait dommage (surtout pour nous !) que le barrage ferme entre les deux pelotons. Du coup nous accélérons le rythme et rejoignons rapidement nos camarades en jetant un œil à notre gauche sur Saint-Malo. Nous arrivons à Cancale pour le dernier arrêt. Je m'aperçois que les terrasses du port sont bondées et m'attaque au premier restaurant venu pour faire tamponner mon carnet de route. L'endroit est plutôt snob et mon arrivée sème le trouble. Je réalise soudain qu'après toutes ces heures sur le vélo, je ne dois plus être très présentable !!! Après les explications d'usage le responsable du lieu mi étonné, mi admiratif, accède à ma requête.
Il ne reste plus que 35 km, toute l'équipée a tenu le coup et le long de la baie du Mont-Saint-Michel, l'allure s'emballe un instant… Ça sent l'écurie !
Mais en quittant Saint-Broladre, une pente à 13 % nous surprend tous et quelques uns mettront pieds à terre. C'est avec le sentiment d'avoir accompli le plus dur, que nous arrivons à l'auberge de jeunesse de Pleine-Fougères.
Avec l'habitude, c'est maintenant promptement que nous nous installons dans les chambres, les douches sont rapidement prises et nous nous retrouvons à table.
Malheureusement le gérant du lieu semble débordé par cette horde affamée et inquiète devant les assiettes vides !!!! En fait, plus de peur que de mal, le repas sera copieux. En prime, nous avons droit à une longue nuit de sommeil, le réveil n'est qu'à 3 h 30. C'est la grasse matinée du dimanche !

4ème étape : Pleine Fougères-Laval soit 144 km

C'est un plus détendus que nous prenons la route le matin. Les 144 km ne sont plus qu'une formalité, nous tenons le bon bout. L'ACTC aura respecté sa devise "nous partons et revenons ensemble". Sur ces longues distances, elle prend toute sa signification ! Nous serons récompensés de nos efforts matinaux, en découvrant le Mont-Saint-Michel sous un soleil levant et rougeoyant. A 6 h 30, seuls quelques touristes asiatiques, sont déjà là pour admirer le spectacle. Ce fut un moment privilégié que de pénétrer dans un Mont-Saint-Michel encore désert. Nous aurons ensuite droit à un consistant petit déjeuner dans un superbe établissement de la Rive. C'est un petit moment confortable, bien apprécié par tous. Ainsi ragaillardis, le trajet jusqu'au dernier arrêt de Fougères passe vite. Puis, rapidement nous croisons les premiers Lavallois venus à notre rencontre.
Le groupe s'étoffe et il faut rester vigilant jusqu'au bout pour qu'aucun incident ne vienne émailler ce formidable périple. L'émotion monte et j'avoue avoir versé ma petite larme lorsque nous franchissons ensemble les derniers mètres sous les applaudissements de nos épouses venues nous accueillir. L'aventure se termine, quatre d'entre nous viennent de gagner leur gallon d'"Aigle d'or de l'Audax". Mais c'est toujours un sentiment partagé qui m'envahie dans ces moments. D'une part, une grande satisfaction d'avoir accompli, tous ensemble, ce contrat sans encombre et d'autre part la nostalgie de se séparer et de retrouver un quotidien bien moins exaltant (demain c'est le boulot…).
Heureusement, nos organisateurs Lavallois ont prévu un sympathique repas de clôture pour prolonger encore un peu ces bons moments. Chacun y va de son anecdote et c'est ainsi que ce brevet rejoint déjà nos meilleurs souvenirs avec la certitude qu'il y en aura beaucoup d'autres.


Arrivée à Laval.


A la nuit tombée, équipés d'un baudrier fluo et d'une torche, l'on repart sur les pas de Deschamps, Bontron, Drussy et de l'infatigable Poincelet qui en était, en 1912, à sa douzième sortie officielle. La route vers l'ouest, plus carrossablequ'autrefois, est toute tracée. Il n'est pas possible, cependant, de faire resurgir ces pionniers, avec leurs excès et leurs folies, faisant une halte tous les 36 km !
Cheveux de feu, la Francilienne Ghislaine Lelay ne quitte pas le premier rang. Elle entend bien remporter son 1er 150 km dans des conditions record. De la FFRP, eux aussi, Sylviane et Laurent ne sont pas venus par hasard. Etant à leur début, ils ont souhaité participer à ce brevet en ligne, plutôt qu'à un trente heures, en raison de sa plus grande difficulté, quitte à souffrir. Revivre l'Audax à sa source, en quelque sorte. Découvrir plus qu'une boucle de 25 km.
Tout ce qui, dans l'audax, est superflu, est en trop ! C'est ce qu'ont compris les participants : Marc Vautier de Quimper, Sylvaine Julien (Seine et Marne), Gérard Picot, lequel, après plusieurs années d'école audax, franchit maintenant le mur de grandes épreuves de marche athlétique. Guy Agnard des Mureaux, amateur de flèches de 1000 km. Jean-Philippe Denis (aigle d'or vélo), vise son 1er aigle d'or marche. La participation de Thierry Larcher et Loïc Fortun, la trentaine et la quarantaine, marathoniens - ultra fondus, abusant de leurs jambes et s'en servant comme d'un moteur à bonheur ! C'est l'état d'esprit, avant tout, de vouloir dépasser les bornes.

Philippe Riet