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Tourisme et culture sur "Calais-Paris-Col du Mont-Cenis-Brindisi"
(Souvenir Jean Rey)

Pourquoi vouloir relier à bicyclette Calais à Brindisi ?
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Pourquoi vouloir relier à bicyclette Calais à Brindisi ?

Il faut revenir en arrière, sur le lieu de naissance de Jean Rey, à Sonnaz petite commune de Savoie non loin de Chambéry. Enfant, comme tous les gamins de son âge, il était fasciné par les trains qu'il voyait passer devant chez lui.
Parmi ceux-ci il en était un pas comme les autres car il avait été surnommé "La Malle des Indes", tout simplement parce qu'il transportait la valise diplomatique anglaise depuis Calais jusqu'à Brindisi en Italie où elle embarquait sur un bateau, à destination des Indes (cf. §§ ci-dessous).
Avouez que pour un gamin il y a là de quoi rêver à toutes ces contrées qui jalonnent le parcours de la voie ferrée.
Apercevant les voyageurs confortablement assis, il les enviait, car lui aussi aurait bien voulu connaître ces beaux pays.
C'est le souvenir de ce rêve d'enfant qui revient à l'esprit de Jean Rey lorsqu'il cherche un parcours inédit puisqu'il a épuisé toute la panoplie des grandes randonnées cyclistes existantes à l'époque.
Et bien sûr, il décide de le réaliser non pas par le chemin de fer, mais à bicyclette, sa fidèle compagne depuis des années. Pour cet homme qui a déjà tant pédalé à travers la France, rien de plus naturel, malgré son âge.
Ayant établi un itinéraire et un horaire qu'il essaiera de respecter, il fait les démarches nécessaires auprès de la FFCT et de l'Union Vélocipédique Italienne afin que son raid soit contrôlé officiellement.
Pour mettre toutes les chances de son côté, il consulte les services de la météorologie afin de décider des dates les plus favorables à la réalisation de son projet. Ce qui hélas ne s'avère pas des plus judicieux.
C'est ainsi que le 23 mai 1953, à 4 heures du matin, il prend le départ en se faisant contrôler au commissariat de police de Calais, dans cette ville où débarquait du bateau venant de Grande Bretagne cette fameuse valise diplomatique aussitôt chargée sur le train en direction du sud de l'Italie.
Le voyage de Jean Rey fut rendu pénible par des conditions atmosphériques exécrables : vent contraire, pluie, violents orages. Ajoutez à cela deux erreurs de parcours allongeant la distance à parcourir, et cinq crevaisons.
Il fallait avoir une bonne dose de volonté pour continuer malgré tout, mais notre homme n'en manquait pas.
Brindisi est atteint après 9 jours de route, le 1er juin. Le contrôle d'arrivée est assuré par le Directeur du Comité Olympique Italien et par le Président de l'Ente per il Turismo, après 2.163 kilomètres.
L'année suivante, en 1954, Jean Rey entreprend de refaire le même parcours, accompagné par Elie Anselme un autre super randonneur originaire de Digne, presque son voisin.
Cette fois il s'agit d'établir des points de contrôle fixes plus accessibles. Il a perdu beaucoup de temps à trouver les personnalités qui lui avaient été désignées, surtout en Italie, car en effet, il a décidé de créer et d'organiser une randonnée permanente sur "son" parcours.
Les deux hommes partent sans carnet de route et mettent 10 jours pour arriver à Brindisi, ayant perdu de nombreuses heures pour finaliser la future organisation.
En 1955, celle-ci n'est toujours pas lancée définitivement lorsque un randonneur bourguignon, Marcel Ray, un quasi homonyme ayant à son actif la diagonale Strasbourg-Brest, cherche à réaliser un parcours sortant de l'ordinaire.
Marcel pense alors à cette "Malle des Indes" dont la revue "Le Cycliste" a entretenu ses lecteurs quelques mois auparavant. La randonnée n'est pas encore organisée officiellement aussi s'adresse-t-il à celui qui a ouvert la voie et qui lui fournit l'itinéraire qu'il a emprunté : Jean Rey.
Par son intermédiaire il reçoit l'appui de Luigi Gazzaniga Vice-président de l'UVI (union vélocipédique Italienne) qui assurera les contrôles en Italie, comme il l'a fait pour Jean Rey.
Pour la partie française du parcours, de Calais au col du Mont Cenis, grâce à Roger Gauthey membre du Conseil d'Administration de la F.F.C.T., il obtient le contrôle officiel de la commission des Diagonales dont le responsable est René Vigue.
L'organisation matérielle étant encore inexistante, Marcel Ray se confectionne un carnet de route pour y faire apposer la preuve de ses passages successifs dans les principaux points du parcours. Il fait aussi réaliser par un ami une magnifique plaque de cadre afin de se signaler à l'intention des contrôleurs éventuels.
Bénéficiant du beau temps pendant toute la durée de sa randonnée il atteint Brindisi après un peu plus de 7 jours de route, le 1er août 1955.
C'est à la suite de cette deuxième réalisation de "La Malle des Indes" que Jean Rey, par l'intermédiaire de l'International Football Club de Nice prendra en main l'organisation et le contrôle total de ce Calais-Brindisi à partir de 1956.
Désormais la voie était ouverte pour d'autres tentatives qui vont s'échelonner de 1956 à 1979.
A cette date 89 inscriptions ont été enregistrées et 77 réussites attestent de la qualité des randonneurs qui se sont attaqués à cette réalisation hors du commun.

L'article 4 du règlement d'alors accordait un délai de 200 heures pour effectuer les 2.163 kilomètres du parcours ; les tandems mixtes, les dames et les cyclos de plus de 50 ans bénéficient d'un délai supplémentaire de 20 heures.
Considérant que la randonnée mise au point par Jean Rey est un " monument " du patrimoine cyclotouriste, nous avons souhaité le redonner vie, alors qu'elle était tombée en désintérêt depuis près de trente ans.