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Discours d'intronisation de Raymond Poulidor
troisième Président d'honneur des Audax (2 avril 2008)

1904-2008, cent quatre années d'existence des Audax et trois Présidents d'honneur, prestigieux.
Vous êtes devenu, Monsieur Raymond Poulidor, le 10 juin 1979 le 75 000e breveté Audax sur la distance de 200 km qui compte aujourd'hui 182.000 titulaires. Vous êtes donc ainsi un Audax car vous avez accepté de vous joindre, vous le géant de la route, à nos côtés, nous les besogneux de la route, humbles cyclistes qui traversons plus d'un siècle d'histoire.
Votre réponse à notre sollicitation, à nos espoirs nous a comblé de joie et nous sommes fiers, les Audax de vous avoir comme troisième Président d'honneur après deux monstres, comme vous le dites, que furent Henri Desgrange, créateur du Tour de France et fondateur des Audax français, ainsi que Jacques Goddet, fondateur du journal "L'Equipe" et directeur du Tour de France, fils spirituel de Henri Desgrange.
Vous rejoignez ainsi ces deux personnages hors du commun mais n'êtes vous pas, Vous-même un monstre sportif, une légende emblématique hors du commun ?
Un homme qui appartient à l'histoire fabuleuse du cyclisme et à l'honneur du sport français. Vous êtes Monsieur Raymond Poulidor un grand champion, un géant de la route, mais une icône que tout le peuple français adore car vous êtes le symbole du courage de la simplicité, et de la force tranquille.
Rappelons rapidement votre palmarès :
1960, vous démarrez votre carrière et très vite l'homme au béret, Antonin Magne.
Un grand parmi les grands devient votre entraîneur, votre conseiller.
Vous êtes monté 8 fois le podium sur 14 participations au Tour de France. Vous avez remporté 189 courses dont Milan-San Rémo, la Vuelta, le Grand Prix des Nations, le Grand Prix du Midi-Libre, Paris-Nice, le Critérium du Dauphiné Libéré, la Flèche Wallonne, le Championnat de France, le Critérium des As…
Je ne vais pas toutes les citer car demain matin nous y serons encore tant vous avez de victoires, tant l'ampleur de vos succès est comme le vol de l'Aigle, majestueux.
Vos prédécesseurs ont marqué leur existence et permettez moi de citer deux faits historiques importants dans nos valeurs Audax, véritable philosophie qui nous fait traverser le temps malgré les vicissitudes de l'histoire de notre société et de ses générations.
Avril 1917, Henri Desgrange a 52 ans et il s'engage sur le front de la Première guerre mondiale, montrant l'exemple et la preuve d'un courage sans faille. Lors de ses classes à Autun, il fût remarqué avec ses tempes grisonnantes et reconnu par un général qui l'interpella en ces termes : " Que puis-je faire pour vous ? " il répondit : " M'envoyer sans tarder au front ".
Quelle détermination !
Alors que notre fondateur Henri Desgrange a disparu, Jacques Goddet, son fils spirituel, déjà directeur du journal "L'Auto" depuis 1931 et du Tour de France depuis 1936, connaît lui aussi les affres de la guerre. Il préfère démissionner de son poste de directeur général du journal l'Auto plutôt que de cautionner une propagande au service d'une idéologie détestable qui utilisera son journal jusqu'en 1944. Il refuse et s'implique dans l'armée des ombres ce qui lui vaudra la médaille de la Résistance.
Courage, détermination, abnégation et vision car il réussit avec l'aide de ses relations au sein de la Résistance à relancer le journal sous le nom de "L'Equipe".
Nos deux Présidents d'honneur que furent Henri Desgrange et Jacques Goddet étaient des hommes exceptionnels qui suivirent avec attention l'évolution des Audax et n'oublièrent jamais de les encourager et de les citer comme exemple.
D'ailleurs Jacques Goddet écrivit : Audax = Sagesse. Je vous cite un extrait de son texte :
… "Sagesse que d'établir des relations humaines toutes simples et toutes franches par ces regroupement de bandes joyeuses inspirées par le même idéal.
Et voilà que, à travers un monde inquiet, menacé dans sa vie naturelle par les problèmes surgissant de l'avance des progrès techniques, il se vérifie lumineusement que les " AUDAX " détiennent la vérité. Voilà qu'ils prennent, plus que jamais, figure d'exemple.
Les Audax aujourd'hui, deviennent un recours."
Maintenant, permettez-moi, M. Raymond Poulidor, de citer un fait de votre carrière qui illustre un lien indéfectible que vous avez avec Jacques Goddet, notre feu Président d'honneur que vous remplacez aujourd'hui.
En 1973, lors de l'étape Bourg-Madame Luchon du Tour de France, vous faites une chute spectaculaire dans la descente du col du Portet-d'Aspet alors que vous étiez dans le premier groupe, celui d'Ocana. Vous tombez en contrebas du virage, sur un lit de pierre après avoir traversé les feuillages. Jacques Goddet s'arrête, vous porte secours, vous tend son bras, sa main que vous saisissez le visage ensanglanté. Vous vous essuyez avec votre casquette prêt à repartir mais vous êtes groggy et encore effrayé par la terrible chute. Les journalistes sont là et la photo de cette main salvatrice fera le tour du monde.
Alors qui mieux d'autres que vous, Monsieur Raymond Poulidor, pouviez prendre la suite de ces deux hommes d'exception ?
Qui mieux d'autres que vous pouviez succéder à cette Présidence d'honneur des Audax, titre prestigieux par son histoire, par ses hommes d'exception dont vous faites maintenant partie.
Vous avez survolé les cols derrière l'Aigle de Tolède, Fédérico Bahamontès. Vous avez par votre exemple constamment montré l'envergure de vos valeurs tel l'Aigle qui plane dans l'azur du ciel, emblème des Audax tant cet animal représente depuis des siècles la puissance, la noblesse et la force.
Force de vos valeurs qui sont courage, détermination, abnégation, humilité car vous avez su faire abstraction de votre ego pour servir vos équipiers de l'équipe de France, Roger Pingeon par exemple, afin qu'il gagne le Tour de France.
Oui, nous sommes fiers de notre choix, nous sommes heureux que vous ayez accepté de devenir notre pair et ainsi de succéder à deux êtres d'exception que furent Henri Desgranges et Jacques Goddet, vous le géant de la route, qui sut avec modestie pédaler à nos côtés, nous les Audax, les besogneux de la route.
En mon nom, au nom de tous les Audax, de l'Union des Audax Français, permettez-moi, Monsieur le Président d'honneur de vous remettre cet Aigle, symbole de nos valeurs que vous représentez maintenant en digne successeur d'Henri Desgrange et Jacques Goddet.